Interview de Yazid Kherfi

Imprimer PDF

Les associations du mouvement non-violent sont depuis longtemps présentes dans les lieux d'éducation, notamment dans ce que l'on appelle les "quartiers sensibles". Mais depuis les événements de novembre 2005, nous sommes tous conscients qu'il faut aller plus loin, et soutenir ceux qui veulent s'exprimer sur les difficultés qu'ils y rencontrent, pour qu'ils puissent le faire de manière non-violente.
La rencontre avec Yazid Kherfi est un élément de cette démarche. Avec son passif de délinquant, et son actualité de consultant en prévention de la violence urbaine, il est l'un de ceux qui peuvent faire le pont entre le mouvement non-violent, et le réseau des banlieues.

Comment, dans votre vie privée ou professionnelle, avez-vous rencontré la non-violence ?

J'ai rencontré Charles Rojzman, autour du conflit permanent qui opposait les habitants de Mantes (où j'habitais) et la municipalité. Il avait compris que chacun défendait ses intérêts, et que rien ne changerait à moins que les gens s'assoient autour d'une table pour discuter. Il a aussi remarqué mes capacités à m'exprimer, et on a donc commencé à intervenir ensemble sur la question des violences. C'est lui qui m'a formé à sa méthode pour "transformer la violence en conflit négociable".

Je n'utilise pas vraiment le terme de "non-violence", mais pour moi l'important c'est de dire que la violence ne peut que construire de nouvelles victimes, qu'elle ne résout rien. Je veux faire savoir que le dialogue est une alternative à la violence.


Que répondez-vous à ceux qui vous disent que la violence est pourtant le seul moyen, pour les jeunes habitants de ces quartiers, de se faire entendre ?

La violence est pour certains le seul moyen qu'ils savent utiliser, c'est différent. Il faut leur montrer qu'il existe d'autres possibilités, et que la violence ne peut être que l'ultime moyen, qu'il faut tenter tous les autres avant d'en arriver là.
Les premières victimes de la violence sont les habitants de ces quartiers. Il est donc important de faire baisser le niveau de tension. Actuellement c'est un véritable gâchis, car ces jeunes ont des choses intelligentes à dire !
Le dialogue et les débats publics permettent aussi l'expression des peurs (qui engendrent la violence) et des besoins (qui motivent ces peurs) ; c'est un moyen d'aller à la rencontre de l'autre, et donc de faire baisser les tensions.


Vous avez participé récemment à l'écriture d'un livre sur les émeutes de novembre 2005*, quelle a été votre contribution ?

Je raconte une situation vécue en 1991, où un jeune a été victime d'une bavure policière, et où on a réussi à éviter que ne se déclenche une émeute. A ce moment là, on a organisé des manifestations, on a porté plainte, etc. Cette organisation a permis de canaliser la violence des jeunes, et donc d'éviter les violences urbaines.
Aujourd'hui, les jeunes n'ont plus ces interlocuteurs, parce que les pouvoirs publics et les travailleurs sociaux ne veulent plus faire appel aux leaders naturels. Selon moi c'est une erreur.

C'est pour cela que j'essaie d'aller à la rencontre des individus qui habitent les quartiers populaires. Je le fais notamment avec l'association Pouvoir d'Agir. Mais pour cela il manque encore de moyens, notamment financiers …


Propos recueillis par E. Joyeux-Bouillon

* Quand les banlieues brûlent - Retour sur les émeutes de novembre 2005 - Sous la direction de Véronique Le Goaziou et Laurent Mucchielli.
Lire aussi : Repris de justesse - Yazid Kherfi et Véronique Le Goaziou.

S'inscrire à la lettre d'information de Non-Violence XXI
Vous êtes ici : Les personnalités fondatrices Interview de Yazid Kherfi